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29 Apr 2019

“ Il y a quelque chose de cassé dans la société ”

“ Il y a quelque chose de cassé dans la société ”

LA NOUVELLE REPUBLIQUE, Vienne, Poitiers, Publié le 28/04/2019 à 04:55 | Mis à jour le 28/04/2019 à 04:55

Didier MONTEIL Journaliste, rédaction de la Vienne, Poitiers

https://www.lanouvellerepublique.fr/vienne/il-y-a-quelque-chose-de-casse-dans-la-societe?queryId%5Bquery1%5D=57cd2206459a452f008b4594&queryId%5Bquery2%5D=57c95b34479a452f008b459d&page=39&pageId=57da5cf3459a4552008b49d5

Inspecteur de l’Éducation nationale en retraite, Jean-Jacques Latouille a suivi les Gilets jaunes avec assiduité. Handicapé, il tient à les soutenir par un livre.

 

Il n’a rien loupé de la révolte des Gilets jaunes malgré son handicap dont il est atteint depuis sa naissance, « une maladie génétique évolutive », dit-il avec fatalité. Le syndrome Charcot-Marie-Tooth (1) lui a rétréci, physiquement, son champ d’action. Jean-Jacques Latouille se déplace avec une canne, conduit sa voiture automatique mais ne peut battre le pavé des heures durant pour dénoncer les injustices.

“ Une fin de chaîne génétique de la politique ” :

« J’ai toute ma tête », justifie le docteur en sciences de l’Éducation au curriculum vitae noirci de diplômes et d’expériences variées et multiples, tant sur le plan associatif que professionnel. « J’ai été reçu par Edgar Faure en juillet 1968 en réponse d’une lettre que je lui ai écrite lui demandant de prendre en considération le handicap lors des examens ». Missionné par le ministère des Affaires étrangères et européennes, en qualité d’expert technique international auprès du ministre de l’Éducation nationale du Gabon, il a passé cinq années dans cette Afrique noire passionnée et passionnante.
En France, au contact d’une population jeune, le plus souvent démunie intellectuellement quand elle n’accusait pas une déficience profonde (2), Jean-Jacques Latouille s’est toujours élevé contre l’injustice, « c’est toute ma vie », pour mieux défendre l’égalité. Plutôt Séguéniste sur un échiquier politique bouleversé par le « nouveau monde » de Macron, ce militant, devenu poitevin au gré des nombreuses mutations professionnelles, a écrit un opus sobrement intitulé « Gilets jaunes » (3). Une sorte de brûlot contre la politique du président de la République : « C’est un livre d’interrogations et de provocations pour bousculer le débat », assure-t-il. Reprenant à son compte la citation du sociologue Michel Crozier pour qualifier Emmanuel Macron, – « on a souvent les solutions sans connaître les problèmes » –, il juge le chef de l’État « narcissique », « autoritaire », fustige ses phrases à l’emporte-pièce : « Les gens qui ne sont rien, ça n’existe pas », rectifie-t-il. Il lui reproche d’être « plus clivant que ne l’était Sarkozy », de « jouer les uns contre les autres ». Un réquisitoire. Selon lui, le président de la République illustre avec son mandat « une fin de chaîne génétique de la politique » en fonctionnant avec un « mode de gouvernance reposant sur un modèle technocratique de la parcellisation des questions sociales et économiques ». Ajoutant : « Relevons que le refus de toute analyse systémique entraîne à séparer la question économique de la question sociale comme si la première n’avait pas d’incidence sur la seconde. » « Il y a quelque chose de cassé dans la société » pour cet universitaire qui aurait voulu être médecin puis pharmacien après son bac. La vie en a décidé autrement. Ou peut-être son militantisme très actif.

Les médias nationaux télévisés dans le viseur :

Aujourd’hui, son combat se place aux côtés des Gilets jaunes, sur la même ligne de l’ONU mais contre les donneurs d’ordre des violences policières, les grands médias nationaux télévisés, qui « ne vérifient pas leurs chiffres lorsqu’ils annoncent le nombre des manifestants », et la façon « dont ils accueillent sur leurs plateaux les Gilets jaunes, qui ne sont pas des tribuns ». Quant aux éditorialistes de ces mêmes chaînes TV, (Les Barbier, Lechypre) qui commentent le mouvement social sans avoir mis les pieds sur un rond-point, ils en prennent pour leur statut. Voici un extrait de la page 35 de son bouquin : « En aucun cas les Gilets jaunes ne peuvent voir dans le discours des journalistes qu’ils sont entendus, écoutés, compris ou simplement pris en considération. Ces journalistes-là, parce qu’il faut répondre à des impératifs d’une production d’images fortes, ont perdu toute éthique de la profession ».

L’ancien correspondant du Dauphiné Libéré donne à lire dans ce petit livre (93 pages), un ressenti mêlant provocations et incompréhensions, qui ne se veut pas une analyse.


(1) La maladie de Charcot-Marie-Tooth est une maladie génétique héréditaire, neuromusculaire, évolutive, qui n’entame pas l’espérance de vie. Elle atteint les nerfs périphériques provoquant souvent une amyotrophie des mollets, des avant-bras et des mains.

(2) Jean-Jacques Latouille est intervenu en qualité d’éducateur scolaire en institut médico éducatif (IME), instituteur dans les classes Segpa notamment.

(3) Le livre est disponible chez Gibert, FNAC, Cultura, Leclerc espace culturel, Amazon notamment. 12 €.